« Bienvenue à tous », « merci à tous les collaborateurs » : ces formules paraissent naturelles, pourtant elles ne s’adressent qu’aux hommes. L’écriture inclusive vise précisément à corriger ce biais. Elle ne se limite pas au point médian ; c’est un ensemble de pratiques qui permettent à chacun et chacune de se sentir concerné·e et représenté·e. En changeant la manière de dire, on change aussi la manière de voir.
La langue façonne nos représentations et influence nos comportements. Utiliser uniquement le masculin contribue à invisibiliser les autres genres. Des études ont montré que les formulations inclusives augmentent la représentation mentale des femmes et des minorités dans les discours. L’écriture inclusive n’appauvrit pas la langue : elle l’enrichit, en rendant visible toute la diversité des personnes à qui nous nous adressons.
Deux principes guident la main : utiliser le genre des personnes concernées quand il est connu, ou préférer une formulation neutre quand il ne l’est pas ; traquer et remplacer les expressions qui véhiculent des stéréotypes. Trois gestes simples font déjà une grande différence. D’abord, l’accord de majorité ou de proximité : plutôt que de revenir par défaut au masculin, on accorde selon le genre majoritaire du groupe ou selon le mot le plus proche dans la phrase. Ensuite, l’ordre alphabétique : citer les genres ou les noms dans un ordre neutre évite toute hiérarchisation implicite. Enfin, l’usage du féminin : employer les formes féminines existantes pour désigner les femmes n’est pas une option ; c’est une mise à jour de la réalité.
Pour traiter les mots genrés, plusieurs voies cohabitent et se complètent. On peut choisir les doublets, qui associent masculin et féminin (« collaborateurs et collaboratrices »), privilégier un langage épicène avec des termes invariables (« le personnel », « l’équipe »), recourir au point médian pour condenser sans exclure (« collaborateur·rice »), ou adopter le neutre via des mots et pronoms non genrés (« iel », « collaborateurice »). Le bon choix dépend du contexte, du support et de votre lectorat : le neutre inclut explicitement les personnes non binaires, quand les doublets offrent souvent la mise en œuvre la plus simple. L’essentiel est de rester cohérent·e et lisible, en alignant la stratégie sur votre intention d’inclusion.
L’inclusion ne se joue pas qu’à la grammaire : chaque mot embarque une vision du monde. Choisir « personnalité politique » plutôt qu’« homme politique », c’est décentrer le genre pour remettre la fonction au premier plan. Dire « dialogue conflictuel » plutôt que « dialogue de sourds », c’est éviter une métaphore stigmatisante et nommer précisément le problème. Préférer « projet innovant » à « projet fou », c’est garder l’énergie sans pathologiser. À chaque fois, on gagne en justesse, en respect et en clarté.
Pour s’y prendre, partez d’une règle simple : nommer ce que les gens font plutôt que ce que l’on suppose qu’ils sont. Traquez les expressions qui réduisent, caricaturent ou instrumentalisent un groupe, un handicap, une maladie, une classe d’âge. Remplacez-les par des termes descriptifs, concrets, liés à l’action. Relisez-vous avec une question-test : « Qui est rendu invisible, ridiculisé ou caricaturé par ce mot ? » Si quelqu’un peut se sentir exclu, reformulez.
Installez enfin un réflexe d’équipe : lorsqu’un terme accroche, proposez une alternative et expliquez pourquoi elle est plus juste. En quelques semaines, le vocabulaire se cale, les maladresses s’éloignent et la culture de travail s’ouvre réellement — sans perdre en rythme ni en style
Adopter l’écriture inclusive, c’est prendre position pour une communication respectueuse et équitable. Ce n’est pas un effet de mode, c’est un outil concret pour renforcer le sentiment d’appartenance et aligner la culture d’entreprise avec ses valeurs. Pas besoin de tout transformer d’un coup : on commence par quelques réflexes, on ajuste selon les contextes, et on tient le cap. Une langue qui inclut ouvre la voie à des mentalités qui évoluent. Et c’est précisément là que l’égalité avance.


