Une poignée de main bien ferme, un regard franc, des gestes larges et assurés… Autant de signaux que l’on envoie sans même y penser. Car notre corps parle en permanence — souvent autant, voire plus, que nos mots. Mais savons-nous vraiment ce qu’il raconte à nos collègues, nos collaborateurs, notre entourage professionnel ? Pas toujours. Et c’est bien là le sujet.
Sans en avoir conscience, certaines postures ou habitudes peuvent déranger, exclure ou intimider. À l’inverse, une gestuelle maîtrisée, respectueuse et attentive peut favoriser l’écoute, la coopération et l’inclusion. En somme : notre langage corporel fait partie intégrante de notre manière de travailler avec les autres.
Un geste, contrairement à ce qu’on croit, n’est jamais neutre. Il est chargé de culture, de contexte, de ressenti. Ce qui est perçu comme sympathique dans un environnement peut sembler intrusif dans un autre. Un simple signe de la main, une façon de se tenir, une distance physique trop réduite : tout cela peut provoquer malaise ou confusion, sans qu’aucune intention négative ne soit à l’origine.
Et c’est encore plus vrai dans un contexte professionnel diversifié. Certaines personnes, notamment neurodivergentes, sont particulièrement sensibles à ce qui se joue dans le non-verbal : regards, mouvements brusques, intonations, proximité… Ce qui est invisible pour l’un peut être envahissant pour l’autre.
La gestuelle joue donc un rôle fondamental dans l’inclusion. Elle peut créer un climat de confiance… ou installer un inconfort silencieux. L’objectif n’est pas de gommer toute spontanéité, mais de développer une forme d’intelligence corporelle : savoir ajuster sa présence physique pour faciliter les relations, plutôt que les freiner.
Parmi les attitudes qui posent problème sans qu’on s’en rende toujours compte, l’invasion de l’espace figure en bonne place. Prendre plus de place que nécessaire — que ce soit en réunion, dans un open space ou dans l’ascenseur — peut envoyer un message de domination. Le fameux manspreading, par exemple, ou le fait de se pencher trop près d’un collègue, crée une sensation d’oppression, même involontaire.
Certains gestes trahissent aussi de la nervosité ou de l’agacement : taper du pied, se ronger les ongles, jouer avec un stylo en pleine discussion. Ces signaux peuvent parasiter l’attention ou transmettre un stress ambiant non souhaité.
Le regard, lui aussi, peut devenir un piège. Un contact visuel appuyé, souvent recommandé pour montrer qu’on est à l’écoute, peut se révéler inconfortable selon les cultures ou les sensibilités. Quant au toucher — une main sur l’épaule, une tape dans le dos — il doit toujours être précédé d’un consentement clair. Ce qui semble naturel pour l’un peut être perçu comme déplacé ou envahissant par l’autre.
Et puis, il y a le volume sonore. Parler fort dans un espace partagé, ou mener une conversation à distance, contribue à une pollution sonore qui nuit à la concentration et fatigue les équipes. Là encore, le corps s’exprime… mais pas toujours de la meilleure façon.
Il ne s’agit pas de tout contrôler ni de jouer un rôle. Mais de développer une présence plus consciente. Commencer par visualiser l’espace vital de l’autre aide à mieux gérer la distance physique. Ce périmètre, invisible mais bien réel, varie selon les cultures, les personnalités, le contexte. Plutôt que de deviner, on peut observer. Ou simplement demander.
En situation de tension ou de stress, au lieu de gestes nerveux, mieux vaut opter pour des techniques discrètes : respiration profonde, objet antistress, ou recentrage mental. Ces alternatives vous aident à rester concentré·e sans perturber votre entourage.
Pour le regard, inutile de fixer intensément : viser un point légèrement décalé — le front, la joue — permet d'établir un contact sans gêne. En ce qui concerne les salutations, un signe de la main ou une inclinaison légère sont souvent plus adaptés dans un contexte multiculturel ou à distance.
Et plutôt que de hausser la voix, il suffit parfois de se rapprocher pour se faire entendre. Une voix adaptée à la distance, c’est une forme de respect subtil — mais réel — envers ceux qui nous entourent.
On parle souvent d'inclusion à travers les politiques, les processus, les mots. Mais le corps aussi peut être inclusif. Il peut apaiser, rassurer, rassembler. Prendre conscience de sa gestuelle, c’est prendre soin de ses collègues, de la dynamique collective, de la qualité des échanges au quotidien.
Dans un environnement professionnel, une posture ouverte, une gestuelle mesurée, une distance adaptée ne relèvent pas de la politesse : ce sont des leviers concrets pour créer un climat de respect et de collaboration. Changer sa gestuelle, ce n’est pas se brider, c’est évoluer — vers un langage du corps plus attentif, plus fin, plus inclusif.


