Les métiers se redéfinissent, les outils évoluent à une vitesse folle, les modèles établis se décomposent sous nos yeux. Dans ce chaos fertile, la capacité à penser autrement devient un avantage concurrentiel majeur. Ceux qui innovent ne sont pas nécessairement les plus experts, mais ceux qui osent voir autrement, relier des idées a priori éloignées, ou imaginer des usages inattendus. La créativité devient ainsi un art de l’adaptation autant qu’un moteur d’action. Nous sommes tous créatifs, mais beaucoup ont désappris à l’être.
Pendant longtemps, on a confiné la créativité dans un cercle restreint : les artistes, les publicitaires, les designers, les grands inventeurs. Ceux qui, “par nature”, auraient une capacité hors norme à imaginer ce qui n’existe pas encore. Une vision romantique, mais totalement dépassée. Car dans un monde en mouvement perpétuel, la créativité n’est plus un supplément d’âme, c’est un levier de transformation. Elle n’est plus réservée à quelques-uns : elle devient une compétence professionnelle, une nécessité stratégique… et surtout, une ressource activable au quotidien.
Et la meilleure nouvelle dans tout ça ? Ce n’est pas un don figé ou un trait de personnalité. C’est un muscle. Et comme tous les muscles, il se travaille, s’échauffe, se renforce. Il s’entretient par des gestes simples, des habitudes nouvelles, des changements subtils dans notre manière d’être au monde. C’est à chacun de trouver sa routine créative, ses propres déclencheurs, ses moments propices. Il n’y a pas de méthode unique, mais il y a des chemins. Parce que, fondamentalement, être créatif ne veut pas dire peindre ou composer de la musique. Cela veut dire penser autrement, y compris dans le quotidien. Sortir du cadre, réinterpréter les règles, poser des questions inattendues. Et parfois, juste oser une idée un peu bancale, mais qui ouvre une brèche.
On imagine souvent que pour devenir plus créatif·ve, il faudrait partir méditer en silence dans une cabane au fond des bois ou s’isoler avec un carnet pendant trois semaines. En réalité, c’est presque l’inverse. Ce sont souvent les petits décalages qui font la différence. Changer de point de vue, par exemple, est un déclencheur puissant. En rompant avec la routine, en testant d’autres chemins — parfois au sens littéral, en prenant un autre itinéraire pour aller au bureau — on réactive sa capacité à regarder autrement.
S’exposer à l’inattendu est un autre réflexe salutaire. Podcasts improbables, conversations avec des inconnus, expositions en dehors de vos centres d’intérêt… Tout ce qui casse l’habitude nourrit l’imaginaire. Penser comme un enfant, aussi, peut s’avérer incroyablement fertile : ne pas s’auto-censurer, explorer sans pression, suivre une intuition sans chercher tout de suite à “faire bien”.
Et parfois, prendre du recul suffit à faire jaillir une idée. Une marche, un moment de silence, une nuit de sommeil permettent plus de clarté qu’une énième slide PowerPoint. Encore faut-il capter les idées quand elles surgissent : un carnet, une note vocale, un message à soi-même peuvent faire la différence entre une pensée qui s’évapore et une intuition qui devient projet.
En toile de fond, une chose : cultiver la curiosité, non comme un simple trait de caractère, mais comme une posture de vie.
Mais tout cela suppose de déconstruire certaines idées reçues. Car oui, il existe des tueurs d’idées. La peur de se tromper, par exemple, est l’un des plus redoutables. Tant qu’on associe l’erreur à l’échec plutôt qu’à l’apprentissage, il est difficile d’oser. Autre frein courant : la routine intellectuelle. Toujours penser avec les mêmes schémas, les mêmes grilles, les mêmes références… finit par assécher le terrain de l’idéation.
Le manque de confiance est un autre facteur de blocage. Beaucoup pensent encore qu’ils ne sont “pas créatifs”, tout simplement parce qu’ils n’ont jamais été encouragés à l’être. Or, ce n’est pas l’absence de talent qui limite, mais l’absence d’espace pour essayer. Enfin, attention au mythe de l’expertise : croire qu’il faut tout maîtriser pour proposer une idée est un piège. Très souvent, c’est justement un regard neuf, extérieur ou naïf, qui déclenche les pistes les plus intéressantes.
Repenser sa créativité, ce n’est pas devenir artiste ou génie du design. C’est transformer sa manière de voir le monde. Casser les routines mentales, remettre en cause les certitudes automatiques, accueillir les intuitions, même étranges, même floues. C’est réapprendre à être attentif, à jouer, à tâtonner, à imaginer sans attendre une validation immédiate.
Comme le disait Steve Jobs : “La créativité, c’est juste connecter les choses.” Encore faut-il voir ces choses, et surtout oser les relier.
Alors, prêt·e à brancher votre cerveau sur une nouvelle fréquence ?


