On a tou·te·s déjà reçu ce message. Tu sais, celui qui te fait froncer les sourcils. Un mail sans bonjour, sans forme, balancé à la va-vite, écrit en MAJUSCULES ou totalement à côté de la plaque. Un message froid, sec, impersonnel — parfois même un peu vexant. Dans un monde où les échanges passent plus par Slack que par les regards, où les notifications remplacent les poignées de main, une chose est sûre : l’empathie ne peut pas s’arrêter aux portes du digital.
Elle devient même une compétence centrale, un véritable art de la collaboration moderne. Lire sans voir le visage, entendre sans la voix, comprendre sans les gestes... Dans cet univers d’écrans et de claviers, l’empathie digitale, c’est cette capacité précieuse à se mettre à la place de l’autre — même quand cet autre n’est qu’un prénom dans une bulle bleue.
Nos messages, nos mails, nos commentaires envoyés entre deux réunions ou tard le soir — rien de tout cela n’est anodin. Ce ne sont pas de simples à-côtés du travail, des broutilles administratives ou des gestes mécaniques. Ce sont eux qui construisent, jour après jour, la qualité des relations de travail. Un mot mal choisi peut générer de la crispation, une tournure trop directe peut heurter, une demande envoyée à une heure déplacée peut créer une tension sous-jacente.
Et à l’inverse, une communication attentive et bien construite peut tout changer. Elle calme les esprits, réduit les incompréhensions, fluidifie les échanges. Une phrase claire, un ton juste, un message envoyé au bon moment : ce sont autant de leviers qui évitent les frictions inutiles et permettent aux projets d’avancer dans de meilleures conditions.
Tout commence par un petit effort d’attention. Un simple accusé de réception, même minimal, permet déjà d’éviter l’angoisse du silence digital. Un "bien reçu, je te réponds d’ici 16h" peut suffire à rassurer l’autre, à montrer qu’on est là, qu’on a lu, qu’on prend en compte.
La forme compte aussi. Même si l’échange est rapide, il mérite d’être respectueux. Un bonjour, un merci, une orthographe correcte, un horaire d’envoi raisonnable... Ce sont des détails, certes, mais ce sont surtout des signaux. Des signaux de respect, d’attention, d’intention.
La clarté est une autre preuve d’empathie. Expliquer le contexte en une phrase, préciser l’objectif du message, structurer ses idées pour qu’elles soient comprises dès la première lecture : c’est du temps de gagné pour tout le monde. Une bonne communication, ce n’est pas écrire beaucoup, c’est écrire juste.
La modération est tout aussi essentielle. Écrire en majuscules, souligner en rouge, abuser des points d’exclamation ou des "URGENT" à répétition : cela crée du stress, pas de l'efficacité. La colère, même subtile, n’a jamais été un outil de management viable — encore moins par message interposé.
Et puis, il y a cette vieille habitude : mettre tout le monde en copie "au cas où". Sauf que trop de destinataires, c’est comme trop de bruit. L’attention se dilue, la responsabilité se perd, et l’efficacité s’éloigne. L’empathie, c’est aussi cibler les bonnes personnes, ni plus ni moins.
L’écrit a cette étrange capacité à amplifier ou déformer la réalité. Il nous joue des tours, souvent à notre insu. D’abord, il peut faire glisser les émotions. Sans ton, sans visage, une phrase anodine peut soudain paraître sèche, distante, presque agressive. Ce qui était pensé comme neutre peut être reçu comme brusque. L’humour aussi, parfois, tombe à plat, et laisse place à l’incompréhension.
Ensuite, il y a cette tentation de la déshumanisation. Derrière un écran, on oublie parfois qu’on s’adresse à une vraie personne, avec ses émotions, sa charge mentale, ses journées remplies. Et dans cet oubli, on se permet des choses qu’on n’aurait jamais dites en face.
Enfin, il y a le piège du différé. On lit un message, on se dit qu’on y répondra plus tard... puis on oublie. Le digital encourage cette mise à distance, cette procrastination passive, qui finit parfois en frustration pour celui ou celle qui attend.
Alors, parfois, mieux vaut changer de canal. Utiliser l’écrit pour transmettre une information simple. Privilégier un appel quand un malentendu plane. Et opter pour une visio quand il faut trancher ensemble. Chaque canal a sa fonction, encore faut-il choisir le bon au bon moment.
L’empathie dans les échanges numériques n’a rien à voir avec la mièvrerie ou l’hyper-cordialité forcée. Ce n’est pas coller des smileys partout ni dire oui à tout. C’est une posture, une manière de travailler, une façon d’être présent·e, même à distance.
C’est être attentif sans s’épuiser, clair sans être sec, respectueux sans être rigide. C’est reconnaître que l’autre a aussi une to-do longue comme le bras, un agenda serré, et peut-être une journée difficile. C’est une forme de leadership silencieux, qui ne cherche pas à briller, mais à faire avancer.
Comme le résume parfaitement Oprah Winfrey : « Le leadership, c’est une question d’empathie. » Et si on appliquait cette idée à chacun de nos messages, peut-être que nos journées seraient un peu plus légères, nos relations un peu plus fluides, nos projets un peu plus sereins.
Autrement dit : envoyez les messages que vous aimeriez recevoir. Ce simple réflexe, répété chaque jour, pourrait bien transformer tout votre rapport au travail.


